La bédaine

J’ai visité une amie ce weekend et c’est un beau bedon rond de huit mois qui m’a accueilli. Et malgré toute la beauté qu’elle dégageait, je ne l’enviais pas… Loin de là!

À écouter ma mère raconter ses quatre grossesses, c’était le Nirvana! Elle pouvait déplacer des montagnes! Se sentait puissante et parfaite. Se faire déclencher : non merci. Ces grossesses elle les a vécues pleinement!

Autre son de cloche chez moi. Être enceinte n’est aucunement la partie que j’ai préférée. Ce que j’aurais aimé? Qu’une cigogne vienne me porter mon bébé, enveloppé de feuilles de choux dans un petit baluchon. Tout prêt, tout beau, comme dans les contes.

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On s’entend, c’est la condition physique qui est insupportable. Parce qu’on va être honnête, tous ces petits coups de pieds, ces petits étirements, ces petits signes de vie… N’y a-t-il rien de plus adorable? Et les échographies!? Ces moments tant attendus où l’on fait sa « première rencontre »! Là où tout devient plus concret! Sans parler des petites fringales sans que tu aies à te justifier! Petit bonheur!

Mais sinon…

Le premier trimestre pour moi se résume en un mot : marmotte. Je n’ai fait que dormir. Quand je ne dormais pas j’étais une larve quelque part dans la maison. J’avais du mal à me traîner jusqu’au travail et rendu là j’y faisais des siestes! J’étais une morte vivante. Je me sentais comme un lendemain de gastro : AUCUN PLAISIR.

Le deuxième trimestre se résume ainsi : hormones. J’ai, de nature, un sale caractère. Mais là, j’ai totalement perdu le contrôle. J’étais un monstre. Mes collègues hésitaient à mettre un pied dans mon bureau. Mon amoureux se trouvait des excuses pour aller faire des commissions. Parce que vous savez cette partie de jugement qu’on appelle communément « le filtre »? Et bien, ce petit pas fin m’a laissé tomber. Je « vomissais » ma pensée sans réfléchir. Je pétais un plomb sans que ce soit réellement justifié. Et vous savez ce qui m’a mise le plus en colère? C’est de me faire mettre sur le nez que mon comportement était dû à mes « hormones de grossesse ». (Sérieux les gens, faites pas ça. Jamais.) La pire insulte! Comme si, parce que j’étais enceinte, je perdais toute crédibilité! Je ne me reconnaissais plus. Je perdais le contrôle de mon corps et je détestais ça! Ha je vous jure, j’en veux encore à ces chères hormones près de trois ans plus tard. Je les déteste et les méprise! Voyez, je n’ai pas tout à fait retrouvé mon filtre encore…

Le dernier trimestre… ou la fois où je ne voyais plus mes pieds. Jamais je n’aurais cru dans ma vie que mettre une paire de bobette allait être une gymnastique. Que m’habiller allait me coûter la peau des fesses. Que j’allais mettre ma fierté de côté et demander à mon chum de m’épiler les jambes. Que j’allais être avalé par les craques de divan tel un sable mouvant et ne pas être capable d’en sortir seule. Que mes pieds auraient l’air de ballon de soccer. Que la digestion prend congé. Que j’aurais vendu ma mère pour un sunday chez Mcdo. Que tu devenais les mains pleines de pouces, que tu pouvais devenir aussi maladroite et malhabile! Que dormir, c’est seulement en pensée. Que les « post-It » allaient devenir des alliés incontournables parce que ta mémoire prend des vacances. Que tu pouvais t’abonner chez Costco juste pour t’acheter le format familial de TUMS/GAVISCON. Que tu pouvais faire pipi aussi souvent que tu clignes des yeux. Que le moût de pomme, une fois ça passe, mais pendant neuf mois, c’est dégueulasse. Que j’allais marcher à 0.2km/h. Que quand le vent souffle dans mon dos, je pouvais planter par en avant. Que la libido pouvait partir vers d’autres cieux. Qu’on pouvait grogner quand une main inconnue s’approche de ta bedaine parce que soudainement, elle devient un bien public! Que tu pouvais réellement penser que t’allais VRAIMENT fendre en deux. Qu’on pouvait pleurer sa vie en écoutant une pub de litière à chat. Qu’un bébé dans les côtes C’EST SOUFFRANT! Que debout t’es pas confortable, assis t’es pas confortable, couchée t’es pas confortable. La seule place où tu aimerais être c’est sur la lune juste pour être en apesanteur pour ne plus sentir cette lourdeur qui descend et descend toujours plus bas entre tes jambes. Que j’ai failli troquer mon chum pour un oreiller de corps. Qu’on peut avoir des pensées telles qu’aller le chercher soi même avec une paire de gant de vaisselle tellement tu n’en peux plus. Que l’attente pour enfin lui voir la bette est longue. Si longue. Et que sournoisement, l’angoisse se glisse dans ta tête… Et si l’accouchement ne se passait pas bien? Et si l’on découvrait qu’il était malade? Et si… Et s’il mourrait? Des fois, j’ai une petite tendance dramatique… Mais ça me permet de résumer qu’être enceinte, ce n’est pas mon truc.

Et si ce n’est pas votre truc à vous aussi, sachez que vous avez le droit de vous sentir ainsi. Ça ne fait pas de vous un monstre ou quelqu’un qui aimera moins son enfant. Je le sais, j’en suis consciente, c’est une chance inouïe de porter la vie mais ce n’est pas un état physique ou mental que tout le monde peut apprécier. Et c’est correct ainsi. Heureusement (ou pas), ça ne dure que 9 mois.

J’avais lu dans la sainte bible parentale du Mieux Vivre qu’à 37 semaines, le bébé était pratiquement « prêt », qu’il pouvait sortir sans crainte, que les 3 semaines suivante servait au « peaufinage ». Donc dans ma tête, j’accouchais à 37 semaines. Aussi simple que ça.

J’ai accouché à 41 semaines.

Hey misère!

Audrey Lambert

 

 

 

 

Texte de Audrey Lambert

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