Je voulais une fille – Partie 1

C’est la journée de mon échographie, je me lève nerveuse. C’est étrange puisque c’est mon 4e bébé, j’ai l’habitude des examens. Je souhaite une petite fille parce que j’ai deux garçons et une fille à la maison. C’est dans cet esprit que je me dirige dans la salle d’attente. On m’appelle enfin, je sens une pression désagréable dans la vessie et j’ai hâte d’aller à la toilette. J’y suis avec mes 3 enfants, mon conjoint et ma bonne amie qui sera à l’accouchement. On accepte la présence de tout le monde, et je suis soulagé!

Tout le long de l’échographie, bébé bougeait beaucoup, en grande forme! J’ai la même technologue que les autres fois et je l’ai tout autant adoré. Elle parle à chaque examen, nous décrivant chaque partie du corps, ses mesures. J’ai su dès le début que c’était un garçon parce que ça été très clair, il s’appellera Benjamin.

Elle termine l’examen, nous avise que le médecin viendra finaliser l’examen dans quelques minutes et quitte la salle. Ça été long…normalement c’est 1-2 minutes le temps de voir le résumé de la technologue…mais voilà que 20 minutes ont passé…je commence à m’impatienter. Pourquoi c’est si long! Il entre finalement, commence son examen et 2-3 minutes après il dit : «Bon voilà, on a un petit problème: ici sa main droite, on voit tout parfaitement, chaque cartilage, jointure, etc…le problème c’est la main gauche…On voit bien le pouce ici, mais on ne voit pas les doigts. Quelques fois il y a une bande de tissus qui va se poser sur un membre…et ça empêche le reste du membre «de pousser». Nous allons vous envoyer à Ste-Justine, pour être sûr que c’est isolé et qu’il n’y a pas d’autre problème avec ça» Il me précise qu’il ne pense pas qu’il y ait autre chose, le cœur est beau, le cerveau aussi. Mais que Ste-Justine a des machines plus évoluées pour voir plus de détail.

Mon monde s’écroule. Il lui manque 4 doigts à la main gauche (il n’a que le pouce, mais aucun os dans celui-ci), et une partie de la paume est manquante. Sur le coup je me suis dit ouf! il est en santé. Et plus j’y pensais plus le problème grossissait. J’ai vu les obstacles qu’il aura à traverser, les moqueries des autres enfants (on le sait, ils peuvent être très méchants entre eux). J’ai essayé de me parler et de me dire: voyons ce n’est rien!! Mais reste que sa vie sera «différente». Le médecin continue de parler. Je ne l’écoute plus. Tout est vague autour de moi. Je voulais une fille. Ça me semble tellement ridicule maintenant.

EchoStef

Je suis figé, aucune émotion. Je suis sous le choc. Le médecin se lève et me lance le signal : «Prenez-votre temps.» Il me tend une serviette pour m’essuyer le ventre. Aussitôt sortit de la pièce, je porte la serviette à mon visage et j’éclate en sanglots. La douleur me submerge. Mais qu’est-ce que j’ai fait? Moi et mon envie de famille nombreuse, moi et mon impatience, moi moi moi. C’est de ma faute. Mon conjoint tente de m’aider en restant près de moi. Mon amie tente de m’encourager, en me disant que ce n’est qu’un détail. Pour moi c’est une montagne. Je pleure toute la journée jusqu’au lendemain. Je parle avec mon médecin, elle me précise qu’il sera peut-être trisomique, que souvent ce genre de malformation est suivit d’une malformation du cœur, que je devrai faire une autre échographie dans quatre semaines.

Quatre semaines. C’est long pour savoir si j’aurai un bébé ou non. Chacun de ses mouvements me persécutent. Je me sens meurtrière, je me sens sale. J’ai 3 enfants, et c’est clair pour moi : je ne peux pas ranger mes autres enfants au second plan s’il a une malformation plus grave. Je sais que ce serait un énorme deuil pour toute la famille, que ça me changerait pour toujours. Je ne dors plus, je ne respire plus, ma vie est sur pause pour les 4 prochaines semaines.

Stefanie Prince

 

 

 

 

Texte de Stefanie Prince

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