Et si la mère parfaite n’existait pas?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été le genre de personne qui se pose beaucoup trop de question pour rien… dans mon cas, planifier la journée de demain peut devenir une question existentielle. J’avais l’habitude que le phénomène s’intensifie lorsque je vivais une période de stress mais ce n’étais jamais assez important pour affecter ma qualité de vie. J’étais loin de me douter que cette tendance à ‘’Over penser’’ allait prendre des proportions inimaginable le jour où je deviendrais mère.

Je m’amuse souvent à dire qu’en même temps de donner naissance à mon premier enfant, j’ai signé un contrat d’adoption avec le petit hamster qui vit dans ma tête. Remarquez, je ne connais pas grand-chose aux hamsters mais au fil des années, j’ai observé qu’il est particulièrement actif la nuit… son réveil concorde parfaitement avec le moment où le calme envahit la maison. Je devrais prendre ce temps pour moi, pour recharger mes batteries et reposer mon esprit mais non non non… un cerveau de maman ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, il n’y a pas d’interrupteur qui permet de complètement décrocher, même quand les enfants dorment ou qu’ils ne sont pas à la maison, le cerveau d’une maman ne s’arrête pas de penser : «le petit a-t-il bien manger…dormi…j’espère qu’il ne pleure pas trop et le grand j’espère qu’il ne fait pas trop courir mamie et qu’il ne lui fait pas préparer 4 repas pour le plaisir»… même si mes enfants dorment ailleurs je peine à trouver le sommeil et lorsque j’y arrive, il est agité et meublé de plusieurs réveils en sursauts… que voulez-vous depuis 16 mois je me lève pratiquement toute les nuits pour mon mini (je pense qu’il a peur de s’ennuyer de sa mère si il passe 12 heures sans la voir) … je suis programmée comme ça maintenant.

Les journées sont tellement remplies que pendant cette période il est facile d’ignorer les questionnements et les inquiétudes ou de faire taire mon autre ami ‘’madame culpabilité’’ qui vient faire son tour elle aussi de temps en temps, mais le soir venu, quand je me retrouve seule, les pensées se bousculent dans ma tête… passant de : « qu’est-ce que je vais porter demain» à «qu’est-ce que je vais préparer pour souper, hummm… la plus vieille n’est pas là, l’autre ado arrive à 17h00 mais entre temps je dois aller récupérer les plus jeunes, alors qu’est-ce que j’ai le temps de préparer, hummmm je vais ouvrir les circulaires électroniques sur mon cellulaire ça va me donner des idées, tant qu’à y être je vais planifier l’épicerie ça me fera ça de moins à faire demain» etc…. pour me retrouver à 2 heures du matin, épuisée mais toujours incapable de dormir. Je le sais moi que dans une heure mon bébé va se réveiller, que dans cinq heures la journée va recommencer, qu’à mon réveil je serai épuisée et que je n’aurai encore envie de rien faire, ce qui m’amène à penser : «mais comment elles font les autres mamans pour y arriver…»Elles sont meilleures que moi, c’est évident, du moins c’est comme ça que je me sens.

Je n’ai jamais été du type très ordonnée, je n’ai jamais eu de talent pour faire un budget ni pour planifier les horaires…avant d’avoir des enfants je n’ai jamais accordé d’importance à ce genre de détails. Pourquoi aujourd’hui, à 27 ans, tout ça devient mon cheval de bataille? Je passe ma vie à essayer de devenir quelqu’un que fondamentalement, je ne suis pas, pourquoi? Je crois que l’objectif de tout ça est d’être une bonne maman, qui donne le meilleur à ses enfants… mais je me demande qui a décider que pour être une bonne mère ma maison devait être rangée, que tous les repas devaient contenir les 4 groupes alimentaires, que les enfants devaient être stimuler pour se développer mais pas trop parce qu’il y a un risque de sur-stimulation, qu’on devait laisser de l’autonomie à nos enfants mais pas trop car il ne faudrait pas qu’ils se sentent abandonnés, qu’on devait être honnêtes eux mais pas trop car il ne faudrait pas leur créer du stress et de l’angoisse à un si jeune âge…vous voyez ou je veux en venir. J’ai réalisé que j’accordais beaucoup trop d’importance à ce que les gens pourraient penser de ma façon de vivre et de la manière dont j’éduque mes enfants. Mais on s’entend que vous avez tous et toutes mieux à faire que de juger ma façon de vivre, consciemment je le sais mais…d’un coup que ça intéresserait quelqu’un.

À toujours essayer de plaire, j’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez, de ne pas m’y prendre de la bonne façon, que je pourrais être plus comme ci ou moins comme ça… ce sont ces questionnements-là qui alimentent mon petit hamster… Mais j’essaie de plaire à qui au juste… à mes enfants, mon conjoint ou ma famille….à moi-même. La réponse est non, je veux simplement rentrer dans le moule. Je crois qu’en tant que mère on veut toute le meilleur pour nos enfants, mais c’est épuisant tout ça. On doit être productive, impliquée, présente, aimante, disponible et j’en passe, c’est beaucoup de stress pour arriver à atteindre tous les standards fixés par la société, sinon il arrive quoi… on se fera juger? Lancer des roches? Qu’arriverait-il si je décidais que ce n’était pas si grave que la maison ne soit pas rangée chaque jour, ou que le vendredi on mange de la poutine ou pire encore que mon enfant porte deux bas de couleur différente… est-ce que ça perturberait mes enfants pour le reste de leur vie ou freinerais leur développement. Je crois que le pire qui pourrait arriver c’est qu’on passe des moments agréables en famille, des moments où je pourrais simplement être une maman qui s’amuse avec ses enfants.

Au fond, ce que je désire pour mes enfants c’est qu’ils soient heureux et épanouis, au lieu de ça je réalise que je leur apprends à vivre stressés, plaçant la performance au devant des priorités et qu’il est important de suivre les lignes de conduites tracées par la société tout simplement parce que c’est comme ça.

Ma conclusion n’a aucun fondement scientifique et est seulement basée sur mon expérience personnelle, mais il y a fort à parier que plusieurs mamans vivent la même chose que moi, et que ça leur fait du bien de se sentir moins seules. À mon avis, il faut apprendre à se faire confiance en tant que parent, et à avoir le courage de nos convictions, comme chaque être humain est différent, il est normal que nos façons de penser et d’agir soit différentes, et c’est très bien ainsi. Pour ma part je me dis que peut-être que mon hamster ne se reposera jamais, mais j’ai confiance qu’au fil du temps j’arriverai à l’ignorer et à m’écouter.

Myriam Bourret

 

 

Texte de Myriam Bourret

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